(Haïkus et tankas)
Amour étrange entre
ces jeunes choucas tout noirs
et ce vieux Chanly
tout blanc murmurerez-vous
heureux de clore un tanka
ces jeunes choucas tout noirs
et ce vieux Chanly
tout blanc murmurerez-vous
heureux de clore un tanka
---
Sans regarder le ciel
je vois passer des oiseaux
miroir de l'eau
---
Souffle une rafale
tombent dru les gros pétales
du magnolia rose
quelle éphémère beauté
corps de femme au vent d'été
---
tombent dru les gros pétales
du magnolia rose
quelle éphémère beauté
corps de femme au vent d'été
---
Ce soir ma première
chauve-souris aussi soûle
que l'année dernière
---
Un merle feuillette
le verger à la recherche
de beaux vers, lis-moi
m'entends-je lui dire avec
un peu trop de conviction
---
La prairie évoque
de plus en plus Pissaro
Picasso vous dites?
---
Vous rimez Élise
avec notre sainte Église
bien que votre mise
robe envolée et chemise
ouverte prêchent la prise
---
Ce grand arbre sans
son feuillage et Dalida
ne chanteront plus
---
Sous l'ondée la femme
robe mouillée se révèle
si joliment mûre
qu'il voudrait telle une pêche
la peler puis la manger
---
Tous les hommes forts
qui m'ont précédé sont morts
qu'entreprendre alors
pour éviter un tel sort
à mon cher et faible corps?
---
La lune voilée
ce soir va-t-elle se rendre
de nuit au Qatar?
---
Pluie pluie et puis pluie
les limaces toutes grasses
jamais ne s'en lassent
pluie pluie et puis pluie, coassent
quelques grenouilles cocasses
---
Dans le pré la pie
de vers en veine et moi d'un
verre de verveine
---
Je m'écarte afin
de ne point écraser une
petite araignée
qui mérite autant que moi
de terminer sa journée
---
Mon petit-fils a
joué au foot à Verdun
d'autres à la mort
---
Ô neige du soir
blancheur des maisons voisines
de l'âme enfantine
de la robe de mariée
des mots sur le tableau noir
---
Le prunier du lit
sort en étendant son ombre
une branche bâille
---
Jeune fille j'aime
votre encorbellement qui
m'incite à téter
de beaux seins remplis de rêves
et d'un nectar rendant ivre
---
Une chips a plus
de goût qu'une hostie, c'est tout
ce que je puis dire
---
Ce matin d'hiver
quand je sors de ma maison
le chant du pinson
m'arrive plus volontaire
que la voix d'Adolf Hitler
---
Draps froissés par suite
de positions incongrues
durant l'entretien
---
Sophie me sourit
en dégrafant savamment
son chemisier blanc
tabernacle d'un seul Dieu
en deux personnes, prions
---
Le prunier malgré
son arthrose est en fleur pour
plaire à ses abeilles
---
Une jolie femme
passe, je vais consulter
mon rétroviseur
deux mots s'échappent de mes
lèvres impures, quel c...orps
---
La joie vive glisse
comme une savonnette entre
mes mains tavelées
car me sens encore jeune
et amoureux de la vie
---
Midi
le troglodyte mignon
me souhaite bon appétit
---
Encore une nuit
à collectionner sans bruit
jusqu'à l'aube, fruit
d'un dimanche qui a fui
aux douze coups de minuit
---
Une coccinelle
atterrit sur le nez, va
pour la chiquenaude
---
L'arbre jour et nuit
vit entre des barbelés
jour émoustillé
par quelques mésanges bleues
nuit par la lune embelli
---
Des feuilles sans colt
ni chapeau de cow-boy crissent
sur le macadam
---
Successivement
s'entendent merle et pinson
et la charbonnière
qui déverse dans le poêle
quelques notes cristallines
---
Cent mille morts en Birmanie?
c'est si loin
je ne les vois pas bien
---
Qu'attends-je mon ange?
ni les beaux appas en transe
ni la transhumance
en mai de belle-maman
j'attends le chant du coucou
---
L'éclipse de lune
elle est encore bien ronde
avant la rencontre
---
Deux poneys au pré
période des amours car
le mâle ennuie l'autre
qui décoche des ruades
tu n'es pas mon camarade
---
L'oiseau est toujours
sur le qui-vive tel l'homme
que l'âge amidonne
---
Sur la Place Rouge
Basile le Bienheureux
chahute Lénine
qui n'a pas tel le Christ-Roi
régné durant deux mille ans
---
(Basile dont on célèbre la fête le 2 janvier)
---
La limace avance
en respectant les limitations
de vitesse
---
Mon prof de musique
le frère Clément est mort
une fausse note
---
Nourrir le chat puis
le lapin sans merci ni
de l'un ni de l'autre
mourir vieux sans faire naître
chez quiconque un seul regret
---
Reste! supplie-t-elle
ruisselante de désir
va ferre et me mange!
---
J'ai vécu soixante-
neuf printemps des plus amènes
alors que suivront
sautant l'automne et l'été
quelques hivers en pantoufles
---
Le haïku a l'âme
d'un Chardin puisqu'il ne traite
que de petits riens
---
Ce matin de mai
j'ai semé des radis pour
que nos petits croissent
en sagesse et du cresson
pour qu'ils sachent leurs leçons
---
Un samedi soir
sans bal pour ma pomme trop
mûre, Eve est ailleurs
---
Ardoises givrées
de notre cuisine, écailles
de truite meunière
hi hi pouffe le poisson
rouge amateur de bons mots
---
Le grésil, la Sambre
a la chair de poule comme
une fille nue
---
Fête à l'horizon
le chagrin monte au mur de
ma pauvre raison
dès que les gens font ribote
quelque chose en moi sanglote
---
Dans le pré d'hiver
des pies cheminent à la
queue leu leu, deux nonnes
---
De ma chère épouse
jamais le GSM ne
chôme tandis que
le mien durant le jour dort
nul ami pour l'éveiller
---
Quand la femme l'oeil
n'allumera plus, bois mort
serai devenu
---
Ils se sont foutus
de ma poire ces connards
mais depuis que j'ai
des seins et un beau derrière
ils me vénèrent, trop tard
---
Un corbeau freux rentre
au logis le soir en croassant
émouvant
---
Je sonne elle entrouvre
et la porte et son peignoir
superfétatoire
est-ce une ruse d'amour
me dis-je? elle me sourit
---
Il se dit fort en
dictée malgré toutes ses
fautes d'orthographe
---
Je sonne elle entrouvre
et la porte et son peignoir
superfétatoire
je me vois au réfectoire
dégustant deux jolies poires
---
Vent, les feuilles
dans la cour de récré s'amusent
comme des moineaux
---
Je vais sans lunettes
espérant à bicyclette
ouïr l'alouette
brouette! pas d'alouette
m'en reviens à bicyclette
---
Avec cet air mi-
figue mi-raisin j'ai presque
de quoi déjeuner
---
Comme à Sobibor
nous tuâmes nos gardiens
qui avaient sur nous
droit de vie et de mort, joie
d'étrangler cette vermine
---
Bonhomme de neige
fond comme homme dans sa bière
versons-nous un verre
---
A l'aube j'entrouvre
la fenêtre, des lumières
et le chant d'un coq
sans Voltaire ni Denis
Diderot, cocorico!
---
Ermeton-sur-Biert
le plus d'alcooliques
au km2
---
Il pleuvait hier
sur une robe légère
en moi s'imprimèrent
profondément tes fruits verts
à ne croquer qu'en hiver
---
Sur l'arbre tronqué
et non pas truqué, mon chou
se pose une pie
---
Quelques canards vont
sur l'eau comme Jésus au
lac de Tibériade
ils marchent sur la surface
gelée d'un bras de la Sambre
---
L'homme, un paon
qui fait la roue sans le savoir
du bonjour au bonsoir
---
Tous les oiseaux chantent
le soleil, des troglodytes
mignons aux pinsons
en passant par les mésanges
dont l'âme est proche des anges
---
A petits pas sur
un sol gelé le facteur
va de boîte en boîte
---
Le vent fort m'enchante
tellement que j'en invente
jusqu'à l'épouvante
des ânes et de volantes
gens comme chez Chagall chantent
---
Sur l'arbre se cache
un ballon blanc blessé par
tant de coups de pied
---
La voix aigre vient
de la sapinière, c'est
le fameux pic-vert
qui rêve tête à l'envers
en récitant du Prévert
---
En prenant de l'âge
on chope différentes choses
un rien moroses
---
Sais-tu que la lune
de Pampelune de prunes
sans payer de thunes
se sustente en oyant l'une
ou l'autre rumeur nocturne?
---
Cet homme promène
son chien ou l'inverse, tous
deux tenus en laisse
---
Je suis vraiment bien
en compagnie d'un bon vin
né au bord du Rhin
et de mon ange gardien
qui grisé chante un refrain
---
Sous l'arbre d'hiver
se meuvent légères
deux mésanges charbonnières
---
Il ventait très fort
ce soir lorsque Rutebeuf
m'envoya un fax
pour se plaindre de tous ses
amis qui auraient failli
---
La phrase fait tilt
j'avais une mère mais
pas une maman
---
La pie prie son dieu
bicolore, le corbeau
pieux son roi nègre
---
La lune est encore
empêtrée dans le branchage
de notre prunier
vais donc la décrocher en
espérant un doux baiser
---
Ne joue-t-il pas à
saute-mouton avec notre
pont bossu le ru?
---
Notre chat est sourd
comme un pot, trop de musique
durant sa jeunesse
---
Cette marche geint
comme elle geignait du temps
de mes grands-parents
ils logent au cimetière
amaigris par le carême
---
Une souris entre
les crocs du dodu matou
gris voyage à l'oeil
---
Le poème, qu'est-ce?
cette pensée mise en bière
puis en terre à l'ombre
du cyprès pour qu'un lecteur
amoureux la ressuscite
---
Je dis bien dans une descente
l'escargot accélère
sous l'averse
---
L'ange se détourne
mais le diable me regarde
avec sympathie
un pécheur intéressant
murmure-t-il avisé
---
Durant la nuit
il va dans un pot faire
pipi, réveil d'une mouche
---
Arthrose cirrhose
quoi d'autre en cette année rose
ose un spéculoos
---
Notre vieille chatte
quand elle étire ses pattes
semble recevoir
quelle attitude comique
des décharges électriques
---
D'une cheminée
la première fumée
de l'année, avinée
---
Tableau pointilliste
que ces flocons en voyage
délicieux Seurat
---
Un Noir broie du noir
chez nous en hiver malgré
sa peau noir charbon
il grelotte sous la toque
pleurant son soleil qui toque
---
Il se tord le cou
chaque fois qu'il lance son
slogan le coq blanc
---
Le soleil de midi
fait la cour à la neige
qui mouille, ô mon Râ
---
Mon père et ma mère
deux êtres qui devraient m'être
chers sont morts sans bruit
comme si je me servais
d'eux pour traverser le temps
---
La solitude
ça n'existe pas quand
on est jeune riche et beau
---
Dinant la Rebelle
connut Sax et le sac par
des soldats cruels
---
Dans mes rêves fous
roule une voiture bleue
au volant la fée
aux cheveux de lin, aux seins
liqueur d'immortalité
---
Dans le pré picorent
le coq blanc et son harem
cinq poules soumises
---
Malgré la chaleur
ce cri d'un rapace
dans la nuit noire me glace
---
José d'un an moins
jeune est en ce mois de juin
revenant hélas
trop souvent le visiter
ce qui le fatigue bien
---
Ce corps choyé ne
sera pas voué aux vers
mais aux vives flammes
---
Un petit seau rouge
assis dans le pré tressaute
de joie sous les noix
---
Oh le grand bonjour
quelle mouche l'a piqué
le lendemain je
lis son nom dans le journal
sur la liste électorale
---
Grand-Place de Bruxelles
au mois d'août
toutes les langues de Babel
---
Le lapin du voisin
vient manger ma salade
envie d'un civet
---
En se dévoilant
subitement les seins ont
souri, souricière
---
Je vous confesse ô
ma prêtresse des visées
sur les reins les fesses
sans oublier ces bas vos
merveilleux bas à ô t
---
Monsieur fanfaronne
j'en ai fait hululer
sous la lune plus d'une
---
Depuis dix neuf cent
sept l'ancêtre sourit sur
la photo, c'est trop
---
Le choucas picore
à droite ou à gauche encore
et encor m'offrant
le ton de Verhaeren en
son moulin qui tourne et tourne
---
Sur le chemin
la trace d'un sabot
don Quichotte de la Manche
---
Il a bien dîné
notre grand homme, reste à
faire un gros caca
---
Voilà la pinsonne
sur un prunier qui klaxonne
quand ses prunes sonnent
bruits ouïs par la personne
née un soir à Carcassonne
---
Le héron au long
bec emmanché d'un long cou
abrège! s'envole
---
Tous les hommes forts
qui m'ont précédé sont morts
oiseau pour le chat
---
La jeune épeichette
recueillie puis relâchée
escalade un tronc
non sans m'avoir gratifié
de deux ou trois coups de bec
---
Crâne brillant comme
la coquille d'oeuf? évitez
Christophe Colomb
---
Le chat ronronne en
ma présence, peu de gens
chers en font autant
---
Les fumées d'Auschwitz
auront pendant de longs mois
noirci le visage
d'une Vierge polonaise
habitant Czestochowa
---
Du bois me parvient
le cri d'un faisan au col
blanc sans porte-plume
---
Aux enterrements
rarement vais au mien c'est
suffisant j'irai
---
Sur la table, oblong
ce caillou blanc du Ventoux
nous rappelle en cet
hiver qui m'entend tousser
les cigales provençales
---
Thozée, les oies blanches
n'avertissent personne
n'étant du Capitole
---
Un merle noir siffle
au passage d'une dame
oh le malappris
---
Un oiseau qui n'a
pas composé la sonate
à Kreutzer nous chante
les deux mêmes notes tristes
jamais une diversion
---
Neuf heures!
bonnet blanc sur la tête
les pâquerettes dorment encore
---
Une ombre au-dessus
du chemin caillouteux plane
c'est le corbeau freux
---
Chant et queue dressée
le troglodyte mignon
rend les femmes seules
rêveuses, il est si vif
notre petit bout de chou
---
Sur la Sambre un lourd
chaland si lent face au vol
de trois cormorans
---
Papy! le pivert
picole dans la prairie
picore mon chou
---
J'aperçois le long
d'une corde imaginaire
grimpant à l'assaut
du ciel ma toute première
alouette ivre de notes
---
Le tout premier chant
de la tourterelle turque
en ce jour de l'an
---
Beauté
yeux écarquillés
il récite son bénédicité
---
L'herbe oscille sous
le vent pendant qu'un faisan
lance ses deux notes
rauques dans le sous-bois, prends
donc ce sirop pour la toux
---
L'homme et l'arrosoir
ce soir, des fleurs seront contentes
cette nuit madame
---
- Dites-le mon chou
comment vous portez-vous loin
de moi donc de tout?
délivrez-vous du chagrin
- va donc vivre à Tombouctou!
---
Une dame au pull
rouge promène un petit
cul bien sympathique
---
Dans le ciel tout bleu
l'astre caresse mes vieux
os qui s'entrechoquent
d'allégresse, un chien gourmand
ses longues oreilles dresse
---
Jeune chien assez
perplexe face à ce très
lent gastéropode
---
Je suis fou de vous
ma déesse, êtes-vous folle
de ce dieu votre homme
qui vous transfigure en somme
quand il s'approche? go home!
---
Ici Londres, sous
le tilleul des parachutes
vont être largués
---
Que faire devant
ces vers sinon ôter sa
casquette? prions
pour cet artiste qui nous
délivre tant de beautés!
---
José CHANLY
---














